Parler en dormant, c’est fréquent
Le terme médical est la somniloquie : le fait de parler pendant son sommeil, du simple marmonnement à des phrases entières. L’Inserm la range parmi les parasomnies, ces comportements qui surviennent pendant le sommeil (Inserm).
Une revue de la recherche la décrit comme l’un des comportements nocturnes les plus courants dans toute la population (Alfonsi et al., 2019). Les chiffres le confirment : dans une enquête téléphonique auprès de 1 000 adultes en Norvège, 66,8 % disaient avoir déjà parlé en dormant, et 17,7 % l’avaient fait au moins une fois dans les trois derniers mois (Bjorvatn et al., 2010). Les auteurs invitent à lire ces chiffres avec prudence : peu de personnes ont répondu, et chaque trouble tenait en une seule question.
Si on t’a entendu parler cette nuit, tu fais donc partie de la majorité.
Pourquoi ça arrive
La nuit enchaîne plusieurs types de sommeil : le sommeil lent, léger puis profond, et le sommeil paradoxal, celui des rêves, pendant lequel les muscles sont relâchés (Inserm). Parler en dormant peut arriver dans les deux : une étude menée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a enregistré des paroles pendant le sommeil lent comme pendant le sommeil paradoxal (Arnulf et al., 2017). On ne parle donc pas seulement quand on rêve.
Pour les parasomnies en général, l’Inserm cite des facteurs qui les favorisent : le stress, la fièvre, certains médicaments et certaines maladies neurodégénératives (Inserm).
Ce qu’on dit vraiment
L’étude de la Pitié-Salpêtrière a analysé 883 épisodes de paroles enregistrés au laboratoire du sommeil chez 232 personnes (Arnulf et al., 2017) :
- la plupart des épisodes ne sont pas des mots : 59 % sont des marmonnements, des cris, des chuchotements ou des rires.
- le mot le plus fréquent est “non” : les négations représentent 21,4 % des propositions.
- les gros mots ne sont pas rares : 9,7 % des propositions en contiennent.
- la grammaire reste celle d’une vraie conversation, souvent tendue, avec quelqu’un qu’on n’entend pas.
Une précision : la plupart des personnes de cette étude avaient un trouble du sommeil (somnambulisme, terreurs nocturnes, trouble du comportement en sommeil paradoxal). Seules 15 étaient en bonne santé. Les paroles d’une personne qui dort bien n’ont pas forcément le même ton.
Est-ce grave ?
Seule, non. La classification internationale des troubles du sommeil (ICSD-3) range la somniloquie parmi les “symptômes isolés et variantes normales”, à côté des secousses de l’endormissement (Meurling et al., 2022). La revue de 2019 le dit aussi : parler en dormant n’est pas une maladie (Alfonsi et al., 2019).
Ça peut quand même gêner, surtout la personne qui dort à côté. Ce qui compte, c’est ce qui accompagne les paroles. Des paroles sans autre signe relèvent de cette variante normale. Crier en se débattant, c’est autre chose : la section suivante dit quoi surveiller.
Quand consulter
Les Manuels MSD décrivent des troubles du sommeil où la parole s’accompagne d’autres signes (MSD). Parles-en à ton médecin traitant si :
- tu cries, tu insultes ou tu te débats en dormant, comme si tu vivais ton rêve : c’est le signe du trouble du comportement en sommeil paradoxal, plus fréquent chez les adultes âgés et parfois lié à une maladie neurologique.
- tu t’es blessé en dormant, ou tu as blessé la personne qui dort avec toi.
- on te voit t’asseoir, crier et gesticuler, effrayé, les yeux grands ouverts : ce sont des terreurs nocturnes. Chez l’adulte, elles sont souvent liées à des difficultés psychologiques ou à la consommation d’alcool.
- tu es fatigué ou somnolent dans la journée alors que tu dors assez.
Le récit de la personne qui partage ta chambre aide le médecin à poser le diagnostic. S’il a un doute, il peut proposer un examen du sommeil (polysomnographie).
T’entendre parler
On ne se souvient pas de ce qu’on dit la nuit. Pour l’entendre, deux solutions : demander à la personne qui dort avec toi, ou t’enregistrer. Le mode d’emploi pour s’enregistrer la nuit explique où poser le téléphone et combien de nuits prévoir.
Une appli qui se déclenche au bruit ne garde que les passages où il se passe quelque chose, et les range par type : ronflement, paroles, toux. Un marmonnement très court peut finir dans “autre” plutôt que dans “paroles” : l’appli trie les sons par tranches de quelques secondes, et un son plus bref ne ressort pas toujours. Le fonctionnement d’une appli qui enregistre les bruits la nuit détaille ce tri. Avec Sleepeek, le matin, tu filtres les sons sur “Parole” et tu réécoutes chaque passage à son heure. Écoute aussi les sons “autre” proches.
Enregistre-toi plusieurs nuits : on peut parler beaucoup une nuit et pas du tout la suivante. Si tu dois consulter, ces extraits permettent au médecin d’entendre ce qui se passe.

Questions fréquentes
Est-ce qu'on se souvient d'avoir parlé en dormant ?
En général, non. Les chercheurs décrivent la somniloquie comme des sons et des paroles produits sans en avoir conscience. C'est pour ça qu'on l'apprend presque toujours par quelqu'un d'autre, ou par un enregistrement.
Parle-t-on seulement quand on rêve ?
Non. Les rêves sont surtout liés au sommeil paradoxal, mais des paroles ont été enregistrées pendant le sommeil paradoxal comme pendant le sommeil lent. On peut donc parler à différents moments de la nuit.
Comment savoir si je parle en dormant ?
Demande à la personne qui dort avec toi. Si tu dors seul, enregistre-toi une ou plusieurs nuits avec une appli qui se déclenche au bruit, et écoute le matin les passages rangés en paroles.
Qu'est-ce que tu dis la nuit ? Enregistre-toi ce soir et réécoute tes paroles au réveil.
Sources
- Inserm, "Sommeil" (dossier), modifié le 8 novembre 2024, consulté le 3 novembre 2026.
- Bjorvatn B., Grønli J., Pallesen S., "Prevalence of different parasomnias in the general population", Sleep Medicine, 2010 (PubMed), consulté le 3 novembre 2026.
- Arnulf I. et al., "What Does the Sleeping Brain Say? Syntax and Semantics of Sleep Talking in Healthy Subjects and in Parasomnia Patients", Sleep, 2017 (PubMed), consulté le 3 novembre 2026.
- Alfonsi V. et al., "Sleep talking: A viable access to mental processes during sleep", Sleep Medicine Reviews, 2019 (PubMed), consulté le 3 novembre 2026.
- Meurling I. J., Leschziner G., Drakatos P., "What respiratory physicians should know about parasomnias", Breathe, 2022 (PMC), consulté le 3 novembre 2026.
- Manuels MSD pour le grand public, "Parasomnies", dernière mise à jour août 2025, consulté le 3 novembre 2026.
Écrit par L'équipe Sleepeek. Comment on écrit et vérifie nos guides.
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